Interview spécial confinement avec Aurélien Paret-Peintre, cycliste professionnel chez Ag2r la Mondiale

Entre incertitudes concernant la date de reprise de la compétition et interdiction de s’entraîner en extérieur, les cyclistes professionnels s’adaptent pour vivre au mieux cette période de confinement. Nous avons intérrogé Aurélien Paret-Peintre, cycliste professionnel chez Ag2r la Mondiale, pour recueillir son expérience vécue durant cette période particulière. De ses entraînements réguliers sur home-trainer au soin apporté à son alimentation en passant par son utilisation de Zwift, découvrez son quotidien de sportif confiné.

Salut Aurélien et merci d’accorder un peu de ton temps à Avintur. Tout d’abord, comment vas-tu après bientôt 40 jours de confinement ?

Ecoute ça va bien, je suis confiné chez moi, au Bourget-du-lac (Savoie). Je n’ai eu aucun contact avec la maladie et je ne connais personne qui a été touché autour de moi. Alors c’est vrai que la période est particulière, notamment pour les sportifs qui pratiquent en extérieur… Mais en dehors de ces contraintes, la santé est là et c’est le plus important.

Quelles sont tes conditions de confinement ?

Je suis confiné dans mon appartement avec ma compagne. Nous avons de la chance d’avoir une grande terrasse où je peux pratiquer pas mal d’activités tout en prenant le soleil. Il y a également un petit parc au sein de ma résidence qui me permet de me balader un peu. Le confinement n’est donc pas trop compliqué à vivre ici.

©Vincent Curutchet

Pas trop dur de rester enfermé lorsque l’on voit le beau temps qui règne en Savoie depuis le début du confinement ?

C’est sûr qu’avec ce beau temps ça donne envie de rouler dehors avec les copains et d’arpenter les cols. On préférerait faire du home-trainer quand il pleut mais la présence du soleil est toujours bonne pour le moral. Début avril je devais faire le tour du Pays Basque, course réputée pour ses conditions météorologiques dantesques avec bien souvent beaucoup de pluie et de froid. Cette année la météo aurait été très clémente avec du beau temps. C’est assez drôle car les directeurs sportifs nous disent souvent qu’il y a une édition tous les 10 – 15 ans qui est sèche et qui échappe donc à la règle… et bien c’était peut être l’édition de 2020 !

Revenons sur ton début de saison 2020 : Tour de la Provence, Paris-Nice… cela s’est plutôt bien passé pour toi ?

J’avais vraiment envie d’être prêt pour ce début de saison et je suis satisfait ! J’avais fait une bonne préparation, un bon stage en décembre en Espagne avec l’équipe ! Avec des coéquipiers on y était allé un peu en avance pour bien se préparer. J’ai sorti de belles places sur l’Etoile de Bessèges puis sur le Tour de la Provence. J’ai alors engrangé pas mal de confiance. J’ai été propulsé leader sur le tour de la Provence et je suis satisfait de ma course. C’était vraiment important de faire un bon début de saison pour espérer participer à Paris-Nice. Sur ce type de grande course, il y a une présélection d’effectuée et il faut donc être performant. Paris-Nice était à la fin de mon cycle et je me suis bien découvert sur tous les types de terrain… j’ai fait un bon contre la montre, des bonnes étapes en région parisienne au niveau des bordures. J’ai bien tenu mon rang avec en point d’orgue une échappée rêvée avec des grands noms comme Thomas De Gendt et Julian Alaphilippe. Je suis vraiment satisfait de ce début de saison avec un niveau de performance qui a été élevé durant un mois.

C’est la première fois que tu venais sur le Ventoux lors du Tour de la Provence, ton impression sur le Géant de Provence ?

L’arrivée était au Chalet Reynard donc on ne l’a pas fait en entier. C’est une belle montée ! De Bédoin au Chalet Reynard c’est vraiment rude avec aucun replat et surtout de longues lignes droites dans la forêt qui rendent cette ascension très dure !

Quelles étaient tes ambitions pour la suite de la saison ?

Après Paris-Nice j’avais prévu d’observer une petite période de repos avant d’enchainer sur le tour du Pays Basque et les Ardennaises (Flèche Wallone, Liège Bastonne Liège) qui devaient être maintenant (avril 2020). Ce sont des courses que j’affectionne beaucoup. J’avais ensuite pour ambition de participer au Giro au côté de Romain (Romain Bardet, leader Ag2r la Mondiale) donc c’est vrai que c’est frustrant car depuis début 2020 tout s’enchainait très bien. J’avais une bonne forme, j’étais performant… tout était bien calibré. Les plans sont donc revus à la baisse.

Comment envisages-tu l’après confinement ?

Du côté des équipes et de l’UCI, on a à l’heure qu’il est aucune perspective pour la fin de saison si ce n’est la date de report du Tour de France qui est désormais officielle. La fin de saison va donc s’orienter autour de cette course. Il y aurait donc une refonte du calendrier de fin de saison et on espère que cela sera annoncé prochainement dans le but d’avoir quelques perspectives sur 2020.

Il y a beaucoup d’incertitudes… notamment au niveau des frontières. Est-ce que les coureurs étrangers confinés dans leur pays vont pouvoir revenir ? On a de la chance puisqu’en France il y a beaucoup de courses donc même si celles-ci doivent se dérouler uniquement sur le territoire national cela sera tout de même intéressant. Pour l’instant on se projette sur le 11 mai et on espère déjà que l’on pourra retourner rouler sur la route.

L’annulation des courses et le report du Tour de France à fin août fait que l’on peut comparer cette période à une coupure hivernale. Il n’est donc pas urgent de refaire de longues heures d’entrainement dehors car les objectifs sont loin. Pour l’instant on continue d’avancer tous ensemble et on sait que l’UCI fait le maximum. Tout le monde est dans l’attente, pas qu’en France… cela permet de relativiser.

Quel est ta routine d’entrainement durant ce confinement ?

L’équipe a vite réagit lorsque la période de confinement a été annoncée et on a mis pas mal de séances en place. Mes entrainements tournent autour du renforcement musculaire et du home-trainer. Je conserve un jour off dans la semaine. Parfois j’ai une séance de home-trainer par jour, parfois deux, cela varie. Certaines sont effectuées à jeun pour travailler la filière lipidique. Je fais très rarement des séances de plus de 1 h 30 sur le home-trainer. En général elles durent environ 1 h dans lesquelles sont compris des exercices pour travailler différentes qualités. Cela m’arrive de rouler un peu plus longtemps, notamment le samedi où on se retrouve sur Zwift avec toute l’équipe Ag2r. Parfois même les membres du staff se joignent à nous et on roule tous ensemble !

J’ai commencé le confinement par faire un test sur home-trainer afin de calibrer mes séances d’entrainement et voir où j’en étais. Et là, après 4 ou 5 semaines, je n’ai pas beaucoup perdu en terme de condition physique. Alors oui, on perd forcément du foncier mais avec le nombre de kilomètres effectué durant l’année… cela reviendra vite.

On voit qu’énormément de monde s’est mis sur Zwift… tu en penses quoi ? Bon ou mauvais allié d’entrainement ?

Je ne l’avais jamais utilisé et je dois dire que je suis agréablement surpris du ressenti sur Zwift. C’est assez sympa d’évoluer dans un monde virtuel, cela permet de casser la monotonie d’une séance classique sur home-trainer. Le piège est de passer trop de temps sur Zwift… c’est très stimulant ! On double des mecs, on passe des bosses, y a des records… il ne faut pas se laisser piéger par cet aspect compétitif qui nous pousse à rouler à trop haute intensité. Personnellement je trouve ça sympa ! Cela permet de se dépasser, d’avoir de l’adversité et de garder le rythme et la motivation de se donner sur le vélo.

Ton volume d’entrainement étant moins élevé durant le confinement, accordes-tu un soin particulier à ta nutrition afin de ne pas prendre de poids ?

Oui je fais attention à mon alimentation. Je faisais encore plus attention au début du confinement car j’avais espoir que les courses reprennent tôt. Et puis en voyant le confinement s’allonger et les objectifs s’éloigner, la vision est un peu différente maintenant. Il faut être raisonnable mais ne pas trop se restreindre non plus. La saison est déjà compliquée avec l’absence de course et le confinement… je pense qu’il faut trouver le juste milieu. Les entrainements quotidiens permettent de maintenir tout de même un certain niveau de dépense énergétique et de limiter la prise de poids. Pour ma part, j’ai la chance de ne pas avoir de soucis de ce côté-là. Mais voilà, l’idée c’est de sortir de ce confinement avec une bonne forme physique mais surtout en étant frais mentalement. Il faut donc trouver le bon équilibre tout en se faisant plaisir.

Ta journée type d’entrainement ?

De manière générale je me lève vers 8 h. Parfois je réalise une séance de home-trainer à jeun, une petite heure à basse intensité. Cela permet au corps de recruter d’avantage les graisses comme carburant de l’effort. Une fois cette séance terminée je déjeune et j’enchaine sur ma deuxième séance en fin de matinée vers 11 h. Entre 1 h et 1 h 30 de vélo avec des exercices spécifiques.

L’après-midi je m’occupe comme tout le monde. Balade pour aller faire des courses au village parfois, séries netflix, playstation avec les copains…

Profites-tu de ce confinement pour réaliser des choses que tu n’as pas le temps de faire d’habitude ?

En vélo on passe beaucoup de temps sur les routes et à voyager donc cela fait plaisir de rester un peu à la maison. J’en profite pour cuisiner d’avantage, j’aime beaucoup cela ! Contrairement à d’autres coéquipiers qui ont des travaux à faire… je vis dans un appartement neuf donc je ne m’occupe pas en faisant du bricolage.

Comment vis-tu mentalement cette période de confinement ? Tu arrives à prendre du recul par rapport à tout ça ?

Au tout début de la crise en France on était encore sur Paris-Nice donc on ne se rendait pas encore trop compte de l’ampleur que ça allait prendre. On ressentait une atmosphère très particulière mais on restait focalisé sur notre course.

On va dire que ma mentalité a évolué petit à petit… au début je croyais à une reprise des courses rapides, notamment le Giro. Et puis au fur et à mesure il fallait se rendre à l’évidence : la situation de confinement allait durer.

Ce qui permet de relativiser c’est que tout le monde est dans le même cas… il n’y a pas que nous, cyclistes, qui ne pouvons exercer notre métier. On a de la chance d’être protégé en France au niveau des équipes, nos salaires sont maintenus notamment.

Le home-trainer permet tout de même de rouler, pas comme on l’aime le plus mais cela permet de compenser et de continuer de pratiquer notre passion. Personnellement, mon moral est très bon car la saison n’est pas finie. Je me concentre à être sérieux dans mes entrainements en me disant que cette rigueur payera en fin de saison.

La motivation est souvent difficile à trouver pour monter sur le home-trainer…

C’est clair que certains matins j’ai moins envie que d’autres ! Et puis lorsque je suis en jour off, de repos, je me rends compte que cela me manque ! C’est devenu une routine qui est ancrée et les séances variées font qu’il est assez rare que je ne sois pas motivé.

Qu’est ce qui te manque le plus durant ce confinement ?

Je dirais l’aspect social, de voir les copains. Et puis en cyclisme on voyage souvent. J’aime ressentir l’ambiance des déplacements, des courses. Sur Chambéry on est un bon groupe de cyclistes donc le fait de rouler ensemble, de faire de belles sorties, de s’arrêter au café et discuter… ça manque beaucoup.

Si tu avais un conseil à donner au Aurélien d’il y a 10 ans ?

Je lui dirais de rouler tant qu’il en a envie et qu’il en a la passion ! Ce qui mène aux résultats c’est l’envie de rouler, de faire du vélo et de se dépasser. Dans le vélo il faut être rigoureux et assidu, d’un point de vue de l’entrainement mais aussi de la nutrition alors je lui conseillerai de rester sérieux et de bosser dur. Le travail fini toujours par payer. Il ne faut pas voir à court terme mais envisager sa progression sur le long terme. Il faut aussi savoir se remettre en question… il y aura forcément des moments de doute ou ça ira moins bien… il faut garder le cap et continuer de travailler.

Un dernier mot sur les chaussettes de vélo Avintur que tu portes durant tes entrainements ?

Et bien elles ont fait leur première course hier (tour virtuel de Suisse diffusé sur l’Equipe TV) sur home-trainer ! Je les porte souvent, elles sont très agréables et confortables ! J’aime beaucoup le renfort sous l’avant du pied. Elles sont bien taillées, arrivent juste en dessous du mollet et s’ajustent bien. Elles tiennent aussi très bien le lavage et leur tenue et leur élasticité restent excellentes ! Leur hauteur et leur maille sont restées parfaites ! J’aime beaucoup leur design et leur style aussi !

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